Le contexte en France et en Europe
Réforme protestante et Contre-Réforme.
À la fin du Moyen Âge, l’Église occupe une place centrale dans la société européenne : elle structure les croyances, rythme la vie quotidienne et exerce une influence politique et sociale majeure. Pourtant, derrière cette stabilité apparente, des tensions s’installent dès la fin du 15e et s’intensifient au 16ème siècle. Certains fidèles dénoncent des pratiques jugées éloignées de l’esprit évangélique ; une partie du clergé est accusée de ne pas incarner l’idéal de pauvreté et de rigueur morale inhérente à sa fonction.
Des évêques issus de la haute noblesse vivent parfois loin de leur diocèse, entourés d’une véritable cour. Le célibat n’est pas toujours respecté et certains prêtres manquent de formation et de sens pastoral. Les crises des XIVᵉ et XVᵉ siècles — guerres, famines, épidémies — confrontent les populations à la mort nourrissant leur inquiétude par rapport au problème du Salut. Les pratiques dévotionnelles se multiplient et le désir d’une relation plus personnelle avec Dieu s’instaure chez les fidèles.
Cette quête d’authenticité spirituelle prépare le terrain aux mouvements réformateurs du XVIᵉ siècle. C’est dans ce contexte qu’émerge la Réforme protestante engagée par le moine augustinien Martin Luther (1483-1546). Il ne s’agit pas de créer une religion nouvelle, mais de rétablir dans sa pureté l’enseignement du Christ et des apôtres. Il dénonce notamment la pratique des indulgences associée à des flux financiers vers l’État pontifical. Il affirme l’impossibilité de monnayer le salut et met l’accent sur l’autorité de la Bible et la foi personnelle. Le nombre de sacrements est réduit à deux — Baptême et Cène — et la doctrine de la transsubstantiation (Changement du pain et du vin en la substance du corps et du sang du Christ lors de l’Eucharistie) est rejetée.
L’essor de l’imprimerie favorise la diffusion rapide de ces idées et rend la Bible accessible en langue vernaculaire. La fracture religieuse devient durable. En France, elle débouche sur les guerres de Religion. La nuit de la Saint-Barthélemy, en 1572, en constitue un paroxysme tragique. Après plusieurs décennies de conflits, l’accession d’Henri IV au trône de France (1594) et l’Édit de Nantes (1598) instaurent une paix relative et une coexistence confessionnelle encadrée.
Face à ces divisions, l’Église catholique engage une réforme d’ampleur lors du Concile de Trente (1545-1563). Les doctrines contestées par les protestants sont réaffirmées, les sept sacrements maintenus, le dogme de la transsubstantiation confirmée, ainsi que la place de la Vierge Marie et des saints dans la vie spirituelle des fidèles. Le concile renforce également la discipline du clergé par une meilleure formation des prêtres et l’obligation de résidence des évêques dans leur diocèse. Autant de mesures visant à la reconquête spirituelle des fidèles et à la restauration du pouvoir de Rome.
Le contexte en Bigorre/ Haut Adour
Les conséquences de la réforme protestante en BIGORRE et HAUT-ADOUR dans le sud-ouest, la situation est particulièrement complexe. Jeanne d’Albret, reine de Navarre, princesse de Béarn et comtesse de Bigorre, convertie au protestantisme en 1560, promulgue en 1567 un édit accordant la liberté de culte dans ses États. Mais les États de Bigorre, contrairement à ceux du Béarn, se prononcent contre la Réforme. Le conflit s’aggrave lorsque la monarchie française, sous Charles IX, intervient contre le Béarn protestant.
Dans ce contexte, la ville fortifiée de Navarrenx, citadelle protestante du Béarn, est assiégée en 1569 par les forces catholiques. Transformée quelques années plus tôt en place bastionnée selon les nouvelles techniques venues d’Italie, elle possède des remparts capables de résister à l’artillerie. Après plusieurs semaines de bombardements, le siège échoue. Au cours de ces années de guerre, les troupes huguenotes commandées par le comte de Montgomery, lieutenant de Jeanne d’Albret, envahissent la Bigorre, restée majoritairement catholique.
En Haut-Adour, plusieurs églises sont pillées notamment à Antist, Orignac et Ordizan, tandis que Bagnères-de-Bigorre doit verser une contribution pour éviter le pillage. Les tensions religieuses étaient déjà perceptibles dans la vallée. En 1562, plusieurs habitants d’Asté et de Bagnères, dont Bernard de Castilhon, recteur d’Asté, sont arrêtés pour avoir embrassé la foi réformée et conduits devant le Parlement de Toulouse pour y être jugés pour hérésie.
Antoine de Beaudéan, gouverneur de Bagnères resté fidèle au roi, est tué à Pouzac le 23 avril 1574 par le capitaine huguenot Lysier, pour avoir ordonné aux consuls de Trébons de refuser de fournir en hommes et en vivres la ville de Tarbes alors aux mains des protestants.
Un autre personnage illustre ces divisions : Antoine de Gramont, vicomte d’Asté qui, converti au protestantisme, devient l’un des principaux chefs du parti réformé en Béarn et en Bigorre. Henri de Navarre lui demande cependant de renouer avec la foi catholique et le nomme lieutenant général chargé de rétablir la religion catholique en Béarn. Dans les années 1580, Gramont reprend Tarbes et chasse définitivement les réformés de Bigorre. En 1594, les États de Bigorre réunis à Lourdes se déclarent en faveur d’Henri IV.
L’Édit de Nantes, promulgué en 1598, met fin aux guerres de Religion qui ont dévasté la France depuis 1562. La Bigorre, profondément éprouvée par ces décennies de conflits, se reconstruit alors lentement. Cette période favorise l’essor de nombreux ateliers de sculpteurs, peintres et doreurs, à l’origine des grands ensembles baroques qui caractérisent aujourd’hui le patrimoine religieux du Haut-Adour.