La « dynastie » des Ferrère
Jean Ier Ferrère (vers 1620–1705)
Originaire de Troubat en Barousse, Jean Ier Ferrère intervient à Asté en 1647 à l’occasion d’une commande (balustrade et tabernacle) pour l’église du village.
Ce déplacement marque le début d’une implantation durable dans le Haut-Adour. Il y fonde un atelier qui fera progressivement d’Asté un centre actif de production de mobilier religieux en Bigorre.
Par son travail consacré en grande partie au renouvellement du mobilier d’église au service de la Réforme catholique, il participe à la diffusion du langage baroque dans les vallées pyrénéennes.
Il est le fondateur d’une dynastie de sculpteurs qui poursuivront et développeront son œuvre.
Formation
Les modalités précises de la formation de Jean Ier Ferrère ne sont pas connues.
Il est toutefois probable qu’il ait été formé à Saint-Bertrand-de-Comminges, important foyer religieux et artistique au XVIIᵉ siècle, sans qu’aucune source ne permette de l’affirmer avec certitude.
Organisation et transmission
À Asté, Jean Ier Ferrère met en place un atelier qui constitue le noyau de la production artistique locale.
Cet atelier fonctionne comme un lieu de fabrication mais aussi de transmission, où se forment les générations suivantes.
Son activité continue le conduit au-delà des frontières du Haut-Adour, notamment en vallée d’Aure.
Caractéristiques de son art
Jean Ier Ferrère développe un art du retable conforme aux principes issus du Concile de Trente, visant à rendre le message religieux lisible et accessible par :
– une architecture claire et structurée offrant des compositions qui présentent une organisation hiérarchisée des éléments, une lisibilité immédiate ainsi qu’une adaptation aux espaces des églises.
– Un traitement pittoresque parfois naïf des scènes historiées, une expressivité des figures, dans une recherche d’impact visuel plutôt que de raffinement décoratif.
Rôle dans l’implantation de l’art baroque en Bigorre
Jean Ier Ferrère introduit le modèle du retable architecturé post-tridentin dont il avait probablement connaissance par des recueils de gravure ou par le foyer toulousain.
Son œuvre pose les bases d’un langage artistique baroque qui sera enrichi et transformé par ses successeurs.
Avec lui débute l’histoire de la « dynastie » des Ferrère.
Arbre généalogique simplifié de la famille Ferrère:
Jean Ier Ferrère (v. 1620–1705)
│ François Ferrère (? – 1743)
└── Marc Ferrère (v. 1674–1758)
│
├── Jean II Ferrère (1718–1795)
└── Dominique Ferrère (vers 1723–1808)
Marc Ferrère (vers 1674–1758)
Si son activité est bien connue, la vie de Marc Ferrère reste en partie dans l’ombre, les sources ne permettant pas d’en reconstituer tous les aspects.
Fils de Jean Ier Ferrère, Marc reprend l’atelier familial d’Asté vers 1706 et en assure le développement pendant la première moitié du XVIIIᵉ siècle. Il s’inscrit dans la continuité du modèle paternel tout en lui donnant une ampleur nouvelle.
Il accède également à des responsabilités au sein de son village, ce qui témoigne de son implantation dans la bourgeoisie locale.
Formation
La formation de Marc Ferrère est partiellement connue. Il débute auprès de son père, Jean Ier Ferrère, dans l’atelier d’Asté, où il acquiert les bases du métier.
Il complète ensuite son apprentissage à Toulouse chez le sculpteur François Thierry entre 1689 et 1693.
En revanche, les détails de son parcours après cette période de formation, et jusqu’à l’âge de trente ans, restent mal documentés.
Certains éléments stylistiques laissent penser qu’il a pu être en contact, directement ou indirectement, avec des modèles diffusés dans les milieux artistiques parisiens, notamment ceux de l’ornemaniste Jean Bérain. D’où l’hypothèse d’un séjour à Versailles sans qu’il soit attesté par des documents d’archives. Cette influence suggère une ouverture aux courants décoratifs les plus prestigieux du royaume.
Ses dessins, d’une grande finesse, témoignent d’une solide formation théorique.
Organisation et transmission
Marc Ferrère dirige un atelier structuré et forme plusieurs apprentis.
Il joue un rôle important dans la transmission d’un répertoire dont s’inspireront ses fils Jean II et Dominique.
Les caractéristiques de son art
Le style de Marc Ferrère se distingue de celui de Jean Ier Ferrère par une plus grande légèreté et un raffinement accru dans le traitement des formes.
Il reprend le modèle paternel du retable architecturé en apportant une organisation plus savante des volumes et en introduisant du mouvement en façade. Pour se faire, il incurve les panneaux latéraux, décroche fortement les colonnes et cintre l’entablement. Il adopte un répertoire ornemental raffiné, d’une grande élégance.
Rôle dans l’évolution de l’art baroque en Bigorre
Marc Ferrère représente une étape essentielle dans l’évolution du baroque en Bigorre.
Il transforme l’héritage de Jean Ier en un langage plus élaboré et plus spectaculaire. Son œuvre marque l’un des moments les plus accomplis du baroque dans notre région.
Jean II Ferrère (1718–1795)
Fils de Marc Ferrère, Jean II lui succède à la tête de l’atelier familial d’Asté dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle.
Il poursuit l’activité dans un contexte en mutation, marqué par l’évolution des formes artistiques et des structures sociales à la veille de la Révolution.
Sa carrière est bien connue grâce à son Livre de Raison, document exceptionnel révélant une approche organisée du travail. Il y consigne ses commandes, ses dépenses, des dessins préparatoires, des éléments de sa vie quotidienne. Son métier devient ainsi un objet de réflexion, témoignant d’une évolution vers une pratique plus consciente et structurée.
Indépendamment de sa profession de sculpteur, il s’investit dans la politique locale et, à la Révolution, devient le premier maire d’Asté.
Formation
Jean II fait des études au collège des Doctrinaires à Tarbes avant d’intégrer l’atelier familial, dans la continuité directe du savoir-faire transmis par son père.
Il développe une solide maîtrise du dessin qui devient un outil essentiel dans sa pratique. Il joue un rôle fondamental dans les différentes étapes de la conception de l’œuvre qu’il s’agisse de la préparation des compositions, de la structuration des ensembles ou de l’anticipation de l’exécution.
Organisation et transmission
Comme son père et son grand-père, Jean II embauche compagnons et apprentis pour faire fonctionner l’atelier qui restera sans successeur, son fils aîné ayant choisi de suivre des études de médecine. A partir de 1773, la production de l’atelier se ralentit. Il achève les travaux entrepris mais ne prend plus de nouvelles commandes.
Caractéristiques de son art
Jean II intègre l’héritage familial et introduit un nouveau répertoire décoratif inspiré du registre rococo avant d’évoluer vers un art plus classique qui, à l’époque, revient en force dans les grands foyers de création. En témoigne le retable central d’Asté dans lequel il intègre des colonnes lisses.
Rôle dans l’évolution de l’art baroque en Bigorre
Jean II Ferrère incarne une phase de transformation de l’art baroque en Bigorre.
Il ne rompt pas avec la transmission familiale, mais l’adapte aux évolutions du goût et aux influences nouvelles. Son œuvre marque une étape charnière entre tradition baroque et évolution vers des formes plus classiques.
Dominique Ferrère (1723-1808)
Fils cadet de Marc Ferrère, Dominique travaille dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, dans un contexte de transformation des formes artistiques et d’évolution des commandes religieuses.
Avant son installation à Tarbes en 1755, on a sa trace à Lodève où il réalise la construction du buffet d’orgue de la cathédrale en collaboration avec le célèbre facteur d’orgue toulousain Lépine.
Son activité se déploie à la fois en Bigorre et en Comminges, dans la continuité géographique et professionnelle de ses prédécesseurs.
D’autre part, il occupe des fonctions de premier plan dans la vie politique locale avant, pendant et après la Révolution, témoignant de son intégration dans les affaires publiques de son temps.
Formation
Comme son frère Jean II, il aurait suivi une formation au collège des Doctrinaires à Tarbes.
Il n’apparaît dans aucun document concernant l’atelier paternel. En revanche, dans son Eloge de Philippe Ferrère, célèbre avocat bordelais, Jules Lacointa (avocat près la Cour impériale de Toulouse) fait allusion à son père, Dominique, en rappelant qu’il a été un élève du sculpteur Pigalle.
Organisation et transmission
Concernant Dominique, on manque de sources écrites ayant trait au fonctionnement de l’atelier.
Ses fils deviendront, avocat, notaire, précepteur, prêtre. Aucun ne reprendra l’atelier familial.
Caractéristiques de son art
Dominique se spécialise dans la réalisation d’un nouveau type de retable associé à un baldaquin qui connaît un vif succès. Il développe également le baldaquin isolé formant hémicycle autour de l’autel.
Ces structures monumentales complexes témoignent d’une maîtrise technique avancée, d’un sens de la composition et du volume ainsi que d’un désir de magnifier l’espace liturgique.
Rôle dans l’évolution de l’art baroque en Bigorre
Chez Dominique Ferrère coexistent le sens du grandiose à travers ses baldaquins, forme de mise en scène théâtrale baroque, et une tendance à épouser les lignes rigides du néoclassicisme qui sévit à l’époque dans les grandes capitales européennes.
Dominique Ferrère systématise la forme du baldaquin en gestation dans l’art de Marc Ferrère qui coiffait certains de ses tabernacles de volutes se rejoignant sous un dais.
Jean SOUSTRE
CATAU…
Jean Brunelo (vers 1670 – 1742)
Sculpteur vendéen originaire de Fontenay-le-Comte, il s’installe à Tarbes au début du XVIIIème siècle.
Son nom est associé notamment au sanctuaire de Notre-Dame de Bétharram. Cette proximité avec un grand centre de pèlerinage témoigne de son insertion dans des circuits importants de commande religieuse.
Les sources mentionnent une dizaine de chantiers répartis sur plusieurs décennies, principalement autour de Lourdes et de Tarbes.
Formation
Les années d’apprentissage de Jean Brunelo ne sont pas connues.
Toutefois, sa maîtrise des formes baroques et sa présence sur des chantiers importants laissent supposer qu’il a bénéficié d’une solide formation.
Organisation et transmission
Jean Brunelo travaille en lien avec d’autres artisans, dans une logique de production collective.
Les archives montrent une activité étalée dans le temps, avec des chantiers parfois longs et des paiements échelonnés. Elles évoquent des difficultés de règlement et des relations parfois complexes avec les commanditaires qui aboutissent souvent à des procès.
Ces éléments rappellent les contraintes économiques du métier de sculpteur au XVIIIᵉ siècle.
Sans descendance, son atelier ne lui survivra pas.
Caractéristiques de son art
Jean Brunelo semble plus habile dans la composition clairement structurée de ses architectures que dans la réalisation des figures sculptées. Contrairement aux créations élégantes et empreintes de grâce de son contemporain, Marc Ferrère, les siennes se caractérisent par une certaine raideur, des mouvements figés et de lourds drapés. En revanche, ses éléments décoratifs, très présents, se distinguent par leur richesse et leur diversité.
Rôle dans l’évolution de l’art baroque en Bigorre
Son œuvre témoigne d’un baroque maîtrisé qu’il développe dans des compositions foisonnantes dominées par une architecture très prégnante.